Après l'ambiance festive de l'Avent, les illuminations, certes plus sobres qu'aujourd'hui mais néanmoins bien présentes, la grande fête de Noël et celle du Jour de l'an, janvier aurait pu n'avoir gardé de décembre que grisaille, obscurité et frimas.
Mais janvier donnait cependant à moult Villiérains des occasions de se retrouver, à tous ceux, alors assez nombreux, membres de l'une ou l'autre des associations et amicales de la commune, qui avaient coutume de tenir leur assemblée générale au cours des premiers dimanches de l'année.
C'était, en particulier, une occasion pour ma grand-mère, membre de la florissante amicale des philatélistes, de retrouver sa grande amie Madeleine van der Linden qui était non seulement elle aussi philatéliste mais encore membre de l'association des artistes de Villiers ainsi que de la société historique.
Ma grand-mère était coquette.
De toute façon, à l'époque, la moindre sortie impliquait de se vêtir d'élégants atours, costumes pour les hommes et tenues soignées pour les femmes.
En ce temps-là, après s'être bien coiffée, elle couvrait ses cheveux d'un très joli foulard où de blancs nuages printaniers voilaient un ciel du plus vif azur.
Je me réjouissais de pouvoir l'accompagner.
Il fallait d'abord descendre la rue de l'Union, fort pentue. Sur la droite, il subsistait de vastes jardins arborés dont l'harmonie contrastait avec la monotonie du lotissement construit au début des années soixante où les logis avaient tous été bâtis selon le même plan.
Arrivés au bas de la rue de l'Union, nous continuions par la rue Montmartre. Sur la droite, il n'y avait qu'un seul pavillon dont les propriétaires avaient fait de leur jardin un grand potager qui leur prodiguait, au prix d'un rigoureux labeur, tous les légumes imaginables.
Puis, nous longions la boucherie Esposito dont je m'étonnais grandement du sol toujours couvert de sciure. Mon intérêt se portait bien plus sur la boulangerie Charpentier attenante, ses religieuses, ses barquettes aux marrons, ses viennoiseries succulentes.
Nous avions rejoint la route du Plessis. Sur la gauche, il y avait le moderne laboratoire d'analyse Astruc suivi d'un marchand de quatre saisons. Sur la droite, après la rue Adelaïde, il y avait un kiosque à journaux et un salon de coiffure pour femmes. C'est aussi là que se trouvaient les arrêts de l'autobus 206 dont les Chausson reliaient alors le Château de Vincennes au Plessis-Trévise.
Un peu plus loin, on voyait sur la gauche les grandes installations de la laiterie, ses chaussées pavées, ses camions Citroën. Après quelques pavillons, apparaissait un garage d'apparence défraîchie mais dont la vitrine comportait des modèles réduits d'automobiles qui aimantaient mon attention de garçonnet. Encore quelques dizaines de mètres et l'on rejoignait l'entrée du petit supermarché Leclerc.
Nous étions alors arrivés près de la voie ferrée qu'il fallait franchir par un passage inférieur dont les trottoirs étaient à l'époque si étroits que je ne m'y engageais jamais sans la plus grande appréhension d'y voir s'engouffrer un autobus ou un camion.
A l'autre extrémité, il y avait sur la gauche le grand parking automobile de la gare que l'on voyait très bien, dominant le remblais de la voie ferrée tandis que, sur la droite, se trouvait l'élégant salon de coiffure dans lequel je devais régulièrement discipliner ma chevelure car les garçons se devaient alors de porter les cheveux bien courts.
Il fallait maintenant monter le boulevard de Strasbourg. Sur la gauche, un café faisait face au bâtiment alors très moderne de la nouvelle poste.
Après avoir traversé puis longé les dépendances du charbonnier Crouzy-Muller, nous touchions au but.
Sur la gauche, sous la salle des fêtes, étaient logées les salles qu'occupaient diverses associations, notamment l'amicale des philatélistes APHIVIL. Les discours récapitulant l'activité de l'exercice annuel écoulé me paraissaient bien longs et arides mais je savais qu'ils se concluraient immuablement par de savoureuses galettes des rois. Alors, les membres s'abandonnaient au plaisir d'être ensemble et s'engageaient dans des conversations chaleureuses par petits groupes de trois ou quatre.
La société historique se réunissait quant à elle dans le bâtiment surmonté de l'emblématique belvédère que gardait l'austère statue de Guillaume Budé. C'était mon assemblée générale préférée car j'aimais beaucoup l'édifice dont le rez-de-chaussée abritait alors la bibliothèque municipale.
Ma grand-mère m'avait bien raconté que ce Guillaume Budé avait été jadis Seigneur de Villiers et il n'en fallait guère plus pour enflammer ma jeune imagination qui voyait promptement force troubadours aux vêts chamarrés des plus beaux passements prendre la place de l'assemblée endimanchée des membres de la société historique.
![]() |
| Ma grand-mère accompagnée de Mlle Vetu et de Mme van der Linden |
Mais un morceau d'exquise galette finissait bien vite par me ramener dans mon époque ... devenue depuis bien lointaine.

