jeudi 26 décembre 2019

En marchant nonchalamment le long de l'eau

En ces premiers jours d'hiver, point de neige mais de denses nuées qui, telles un chapiteau de brume, bannissent les rayons du soleil et maintiennent des frimas pesants, aussi efficacement qu'une porte de réfrigérateur.

Tout à mes pensées, j'entendais la Woltz ruisseler alors que je descendais le long escalier qui s'enfonce sous le grand pont jeté au dessus de la voie ferrée. Quel bonheur, pensai-je, de voir ce cours d'eau traverser la localité où se trouve ma résidence d'hiver. Après avoir franchi la frontière en laissant derrière elle les fagnes dont elle sourd, après avoir baigné bois et prairies, son flot se fait presque impétueux quand elle entre dans le bourg, avant de musarder entre le stade et le terrain de camping, puis de se frayer un passage étroit entre les hauts rochers que les sapins parent en toutes saisons d'un manteau couleur émeraude.

Les cours d'eau ... ils sont comme les artères et les veines de notre beau continent.

Je me souvins de l'époque bien lointaine où j'étais un jeune étudiant à Paris. Les quatre premières années d'enseignement avaient lieu dans un ensemble de bâtiments encore assez modernes qui touchaient presque le jardin du Luxembourg. Les cours avaient lieu dans différents amphithéâtres qui avaient tous en commun d'être dépourvus de toute lumière naturelle. C'était sinistre, inhumain. Alors, quand le planning des cours me laissait des pauses suffisamment longues, je me hâtais d'aller au bord de la Seine.

L'air était plus vif et il y tournoyait toujours quelque mouette rieuse qui criait sa joie de vivre au-dessus des eaux glauques qu'enjambait le Pont neuf.

Là, j'y ai souvent puisé une eau invisible qui me rendait assez de vie pour trouver la force de continuer cette existence studieuse, privée de lumière.

Et puis, quelques années plus tard, je commençai une nouvelle carrière professionnelle à  Bruxelles, une ville où un monstre invisible détruisait alors des quartiers entiers de maisons familiales dont on devinait souvent encore le lustre passé de façades "art nouveau", implacablement remplacées par des bâtiments hideux et lugubres que l'on aurait cru venus tout droit d'Union soviétique.

Combien la Seine me manqua alors car Bruxelles n'avait guère qu'un canal sinistre aux eaux noires comme de l'encre.

Il avait cependant eu une Senne qu'on avait eu la piètre idée de voûter à la fin du XIXème siècle. Devant la bourse, il aurait pu y avoir des berges plantées de saules où il aurait fait bon flâner. Mais, sur la pierre tombale de la Senne roule dorénavant une circulation bruyante dont les gaz contribuent à empester une ville où le bon air est aussi rare que l'eau vive !

Paris a commis le même crime avec la Bièvre dont le nom atteste de ce que ses rives furent habitées jadis de castors.

Et Villiers perpétra lui aussi le même méfait. Imaginons ce que serait aujourd'hui cette commune si elle n'avait pas enterré sa vie même, ce qui, descendant du bois de Gaumont, la traversait d'est en ouest. Comme il ferait bon rêvasser près de ses berges en écoutant l'eau s'écouler. Des canards et des poules d'eau y feraient la joie des enfants. Les familles se délasseraient aux beaux jours dans la fraîcheur du bois Saint-Denis.

Quand j'étais un petit Villiérain, le crime était avancé mais pas encore consommé. Le rû quittait encore la forteresse, dans laquelle on l'avait embastillé, au bout de la propriété du Comte Léon et de ses voisins. Sans rancune, il nous y a encore salués pendant plusieurs années lorsqu'il nous voyait rentrer de Paris par les trains venus de la gare de l'est.

Puis, Villiers finit par le priver complètement de lumière ... comme moi pendant mes années de faculté ... Combien je comprends ce qu'il ressent, ce pauvre rû qui avait été l'eau vive de tous les Villiérains depuis que des hommes s'étaient établis dans son vallon ... Sa colère n'est-elle pas légitime lorsque, furieux, il sort parfois avec impétuosité des canalisations où on l'a confiné pour rappeler ses droits sur le cours dont la spéculation immobilière l'a chassé ?





dimanche 15 décembre 2019

Villiers d'antan photographié depuis des aéronefs



 Le centre



 


 Le cliché de 1921 fait apparaître la place Remoiville en haut à droite. A gauche s'étendent Les Noues qui sont consacrées à une activité agricole. Les produits de Villiers sont alors très appréciés sur les marchés de Paris. La voie ferrée Paris - Mulhouse se devine à droite.



A la même époque mais de plus près. La route de Paris coupe la photographie en son milieu de droite à gauche. Les hameaux des Richardets et de la Malnoue étaient plus à gauche ; Bry sur Marne et Champigny à droite.


 Ci-dessous, une vue d'ensemble d'après-guerre qui montre que Villiers est encore séparé de Bry et de Champigny par une vaste étendue de terrains agricoles. On distingue les platanes qui parent alors joliment la route de Paris. Le rû de la Lande est encore intact.



 


 La gare



 
 Au tout début des années 60, il y a déjà un parking le long du remblais mais il n'a pas encore été aménagé comme il le sera plus tard. L'oeil exercé reconnaît le toit d'autobus Chausson du 206 qui relie alors le Château de Vincennes au Plessis-Trévise. Un certain nombre de services partiels ont toutefois leur terminus à la gare de Villiers. En bas, à gauche, le dispensaire communal.

 


 Le rû de la Lande




 

 Sur cette vue de Villiers en 1923, on distingue bien la voie ferrée, la gare et la Petite vitesse. Le cours du rû est bien visible, même s'il est en partie masqué par les arbres du bois Saint-Denis.






Le cours du rû est surligné de bleu. On distingue bien le lavoir.








A l'époque, le Bois Saint Denis occupe un large triangle entre la voie ferrée et la route du Plessis.


La voie ferrée coupe le cliché de haut en bas. On distingue bien la gare marchandises de Petite vitesse à droite. Le rû est bien visible sur la gauche de la photograhie où l'on reconnaît bien l'école du Bois de Gaumont et le gazomètre.


 

 Sur cette photographie d'après guerre, intermédiaire, le Bois Saint-Denis a déjà disparu mais le rû conserve encore son cours à travers champs là où s'édifiera plus tard le gymnase et diverses résidences.





 Sur le cliché ci-dessous qui date du début des années 60, le quartier des Ponceaux a été construit. Le nouveau quartier de la rue de l'Union est encore en travaux, ce qui permet de dater le cliché à 1962/1963. Le rû a déjà été voûté et ne ressort à l'air libre qu'arrivé derrière la gare.
 



 Le côteau Beauregard


En 1949, le côteau Beauregard n'a guère que des pavillons épars alors qu'il subsiste de grands vergers.





 Début des années 60. La rue de l'Union est en construction ainsi que la cité pavillonnaire qui a pris la place d'un grand verger.


 



 En 1968, la cité pavillonnaire est terminée mais le quartier conserve encore nombre de grandes propriétés arborées






samedi 14 décembre 2019

69, Noël féerique




 I'm dreaming of a white Christmas
just like the ones I used to know
Where the treetops glisten
and children listen
to hear
sleigh bells in the snow.


I'm dreaming of a white Christmas
With every Christmas card I write
"May your days be merry and bright
And may all your Christmases be white ...

La voix chaude de Bing Crosby a rendu cette chanson si populaire dans le monde entier qu'elle a fini par devenir un chant de Noël par excellence ...

Récemment, une sympathique personne que je vois presque chaque matin entre la descente du train et la montée dans le tramway me disait sa frustration de n'avoir pas encore vécu de Noël blanc. "Oui, tantôt il neige avant, tantôt il neige après, mais, jusqu'à présent, jamais encore à Noël". A la douceur de son anglais, je l'avais toujours crue britannique. Mais non, elle est Sud-africaine ! Alors, en effet, vu l'inversion des saisons et la latitude du pays, le Noël blanc y est radicalement improbable.

Mais j'ai bonne mémoire d'un Noël blanc, spécial a beaucoup d'égard. Celui de 1969, le dernier de la décennie des soixante, si optimiste, jeune, joyeuse, exubérante et colorée.

Je vivais alors chez mes grands-parents, à Villiers-sur-Marne. Mon grand-père jouissait d'une retraite bien méritée depuis le mois de février. Et Bommi Anna, la mère de ma grand-mère vivait son dernier Noël au milieu de nous, ce que nous ne savions pas encore. 

Cette année-là, le réveillon tomba un mercredi et le jour de Noël un jeudi.

J'étais donc déjà en vacances depuis quelques jours. Or, le mois de décembre 1969 avait été très froid. Et la neige, cette semaine-là, tombait encore à grand randon.

Bommi Anna était luxembourgeoise. Nous avions donc l'habitude d'écouter des cantiques allemands pendant la période de Noël.

Noël 1961

A peine le grand disque de Deutsch Grammophon était-il posé sur l'électrophone que des cloches carillonnaient mélodieusement. Puis, un choeur d'enfants entonnait ces beaux chants gravés indélébilement dans ma mémoire comme dans un disque de cire ! 


Am Weihnachtsbaum die Lichter brennen,
wie glänzt er festlich, lieb und mild,
als spräch' er: "Wollt in mir erkennen
getreuer Hoffnung stilles Bild!"

Zwei Engel sind hereingetreten,
kein Auge hat sie kommen seh'n,
sie gehn zum Weihnachtstisch und beten,
und wenden wieder sich und geh'n.

Kein Ohr hat ihren Spruch vernommen,
unsichtbar jedes Menschen Blick
sind sie gegangen wie gekommen,
doch Gottes Segen blieb zurück.


Il me suffisait de l'écouter pour que tout un tableau intérieur s'anime. Les deux anges entrent, s'avancent jusqu'à la table de Noël, s'inclinent en priant, se tournent et s'en vont avec un mouvement d'automates ...




still und starr ruht der See
Weihnachtlich glänzet der Wald,
freue dich, Christkind kommt bald.

Les mains posées sur le radiateur qui prodiguait sa douche chaleur, je voyais la neige tomber en tourbillonnant. Il ne manquait que le lac et la forêt, encore qu'il y avait beaucoup d'arbres dans le jardin de mes grands-parents, notamment un grand et majestueux noisetier en face de la porte-fenêtre du salon.
  

 In den Herzen ist's warm
still schweigt Kummer und Harm
Sorge des Lebens verhallt,
freue dich, Christkind kommt bald.

Comme tous les enfants, j'attendais la nuit où, bravant l'obscurité glaciale, le distributeur de cadeaux viendrait visiter notre maison.
Bald ist die heilige Nacht
Chor der Engel erwacht
Hört nur wie lieblich es schallt,
freue dich, Christkind kommt bald!





 
Et il y avait beaucoup d'autres chants sur ce grand disque, tous plus beaux et prenants les uns que les autres, vom Himmel hoch da komm ich her, Es ist ein Ros entsprungen, O, du fröhliche, o du seelige, gnadenbringende Weihnachtszeit, Ihr Kinderlein kommet, o kommet doch all, Alle Jahre wieder, kommt das Christuskind, Kommet, ihr Hirten, ihr Männer und Frauen, sans oublier, bien sûr, Stille Nacht, heilige Nacht et O Tannenbaum.

Un sapin odorant avait été dressé dans le salon, paré de guirlandes, de boules et de clochettes aux couleurs soutenues dont il était chamarré. Comme de coutume, la crèche attendait à son pied que ses santons viennent la rejoindre.

Dehors, ce n'était plus un manteau blanc que la neige avait déposé dans le jardin, c'était un matelas épais.

Mon oncle Alain, le plus jeune frère de ma mère, eut la brillante idée de décorer l'un des conifères du jardin de boules et d'une guirlande électrique.

Alain à l'école du Bois de Gaumont dans les années 50


C'était magique. Le tapis de neige s'illuminait des couleurs de la guirlande qui faisait aussi scintiller les boules de Noël.

Le soir de Noël venu, nous partîmes jusqu'à la place Remoiville assister à la messe de minuit.

L'église était remplie. Du haut de mes huit ans, j'étais dominé par les statures de tous les adultes qui me cernaient de toutes parts. Je ne voyais pas grand chose et je ne comprenais pas encore grand chose à tout ce rituel.

D'autres chants traversaient l'assistance d'autant plus fervente qu'elle avait bravé une nuit glacée pour fêter la naissance de son sauveur: les anges dans nos campagnes, il est né le divin enfant, minuit, Chrétiens, c'est l'heure solennelle où l'homme-Dieu descendit jusqu'à nous.

La messe terminée, nous rentrâmes et trouvâmes le repas de réveillon prêt à notre arrivée. Ce n'était pas le festin des trois messes basses d'Alphonse Daudet mais je ne me rappelle bien nettement de la savoureuse bûche à la crème de marron.

Comme la maison semblait chaleureuse et lumineuse après l'épreuve du frimas vif de la nuit enneigée.

Le lendemain, j'eus le cadeau le plus marquant de mon enfance. Il me communiqua une sorte de virus qui ne m'a pas encore quitté depuis. Il s'agissait d'un train électrique Jouef composé d'une locomotive diesel alors très moderne, d'une voiture-couchettes de la Compagnie des Wagons-Lits et de deux wagons porte-automobiles garnis de douze voitures de tourisme. Le circuit comportait même un passage à niveau fonctionnel. C'était comme entrer dans une nouvelle dimension.

De temps en temps, j'allais dans le jardin jouer avec une voiture de course italienne, une Lancia rouge. C'était l'occasion unique de tracer des routes dans la neige et d'imaginer un rallye ... mais mes doigts gourds rougis par le froid vif ne résistaient pas aussi longtemps que ma passion d'enfant l'aurait voulu et je rentrais au bercail, le temps de me réchauffer.

Ce Noël passa trop vite, comme tous les Noëls que j'aurais toujours voulus deux fois plus longs qu'une journée normale. Mais celui-là reste l'un des plus brillants de ma longue mémoire ... Tant de choses allaient changer, bien plus qu'on ne l'aurait imaginé. Il n'y avait déjà plus de trains en gare de la Bastille. Bientôt, nos autobus n'iraient plus au Château de Vincennes ... Les années 60 s'en étaient allées pour toujours ...

Appendix

Pe trouz war an douar (chant breton, quel est ce bruit sur terre ?)


Jul, strålande Jul (chant suédois, Noël éclatant)

Dejlig er jorden (chant danois, exquise est la terre)

Tenn lys (norvégien, allume une bougie)

An der grousser helger Nuecht (luxembourgeois, dans la grande sainte nuit)

Dsisiaj w Betlejem (polonais, aujourd'hui à Bethlehem)

Tu scendi dalle stelle (italien, Tu descends des étoiles)

Noël chanté par un ange gallois

Noël en arabe par Feirouz






dimanche 27 janvier 2019

Le commerce sur roues

Ce Villiers sur Marne si paisible, si provincial de mon enfance avait alors pour chef-lieu Versailles. Il appartenait en effet à un grand département essentiellement rural, la Seine et Oise, dans laquelle Paris et son petit département de la Seine étaient entièrement enclavés.

En ce temps-là, le petit commerce de détail était florissant, dynamique. Il y en avait dans chaque quartier.

Mais le commerce prenait alors aussi une forme typiquement rustique qui a depuis lors complètement disparu.

Il y avait dans le haut de Villiers une épicerie d'une des nombreuses chaînes à succursales multiples de l'époque, le Familistère. Le gérant disposait aussi d'une camionnette de type Citroën H avec laquelle il proposait ses marchandises dans tous les quartiers de la commune. Je me souviens de cette camionnette garée devant la maison familiale pendant que mon grand-père attendait son tour dans la file qu'il formait avec les voisins.





Une autre échoppe sur roues dura bien plus longtemps. C'était celle de la Ferme du parc, à Coeuilly, de M. van den Naweele. Mais tout le monde l'appelait le laitier. Depuis son grand Citroën H peint en bleu et blanc, après avoir soufflé dans une sorte de petit cor pour appeler les chalands, le laitier venait prodiguer, chaque jour en fin d'après-midi, non seulement du lait, toutes sortes de yaourts et de fromage, du beurre et des oeufs, mais aussi des produits d'alimentation courante dont des rouleaux de réglisse comportant un bonbon de couleur en leur centre dont j'ai gardé une sorte d'addiction à vie. Beaucoup de Villiéraines avaient commencé à travailler, de sorte que certains foyers étaient inoccupés dans la journée. Qu'à cela ne tienne! Les gens accrochaient leur commande à leur porte et laissaient l'argent sur leur seuil, voire sous leur paillasson. Vous avez bien lu! C'est ainsi que l'on vivait à Villiers alors, avec des standards de morale collective tels qu'il n'y avait pas de risque à laisser l'argent pour un litre de lait sur le seuil de sa maison, à côté de la bouteille vide de la veille.

Le commerce sur roues se sédentarisait en tout cas les jeudis et les dimanches avec des marchés d'une affluence dont on ne peut guère avoir idée. Les étals succédaient aux éventaires de manière ininterrompue depuis la poste jusqu'à l'église, y compris sur la place Remoiville et tout au long de la rue du Belvédère qui longeait alors le marché couvert, en contrebas. Le marché couvert, qui semblait fort moderne à l'époque, proposait tous les produits alimentaires nécessaires aux ménagères. Boucherie et charcuterie côtoyaient crèmerie et fromagerie, en passant par les fruits et légumes, les épices et les pâtisseries.

Le plus jeune frère de ma mère, mon oncle Alain, était une sorte de grand-frère et je le suivais partout comme la chaloupe suit le navire. Mais j'étais toujours angoissé quand nous traversions le marché. J'étais à peine haut comme trois pommes. Je ne voyais que des jambes autour de moi tant la foule était dense et je me cramponnais à la main de mon oncle comme la moule s'amarre au rocher.





Mais l'épreuve était souvent récompensée car, en plusieurs points, des marchands vendaient des automobiles miniatures. C'était la grande époque des voitures NOREV aux couleurs vives. Mais il y avait beaucoup d'autres productions en plastique dans les échelles les plus diverses. Je m'attardais toujours devant l'étal d'un vendeur qui proposait des piles de voitures de La Clé, une marque disparue, mais omniprésente alors puisqu'elle était l'un des principaux avantages compétitifs de la poudre à laver Bonux dont tous les garçonnets de France et de Navarre étaient les meilleurs agents commerciaux auprès de leur maman.



Il y avait aussi un marché les samedis, au Bois de Gaumont. Il était bien plus étendu alors qu'il ne l'a été ensuite. Mais il ne me paraissait guère attrayant ... l'offre de petites voitures y était vraiment indigente ...

 


samedi 26 janvier 2019

Aller à Paris - en train

Si prendre le chemin de fer métropolitain au Château de Vincennes était l'option la plus commode lorsque l'on voulait se rendre au Bazar de l'Hôtel de ville ou à la Samaritaine, on préférait le chemin de fer pour aller aux Galeries Lafayette ou au Printemps.

Il n'y avait alors qu'un seul accès à la gare, du côté nord. En venant de la route du Plessis, on longeait d'abord le grand parking, gratuit naturellement, qui avait remplacé après la guerre un pré longeant le remblais. On arrivait ensuite au bâtiment-voyageurs qui disposait sur la gauche d'un garage à bicyclette.

La gare avait alors l'apparence rassurante d'un pavillon bucolique. Sur ses murs latéraux figuraient deux plaques émaillées à fond bleu indiquant en lettres blanches "Villiers sur Marne - Le Plessis-Trévise".

Bien que la façade donnant sur la place de la gare fût munie de deux grands escaliers, ce n'est point par eux que l'on accédait aux voies mais par une entrée au niveau de la place de la gare elle-même, à gauche par rapport au bâtiment de la gare .

Lorsque l'on entrait, on trouvait les guichets où l'on pouvait acheter les billets mais aussi des panneaux indicateurs de l'imprimerie Chaix qui répertoriaient tous les trains circulant sur les lignes de la région est. Il y avait aussi une petite salle d'attente, défraîchie, chauffée par un poêle. Sur l'un des murs était affiché un plan du réseau du chemin de fer métropolitain permettant aux voyageurs de bien préparer leur trajet dans Paris. Et la vétuste salle disposait aussi d'un moderne appareil distributeur de friandises. J'aimais beaucoup les pastilles de réglisse "les quatre as" sur lesquelles figuraient en relief l'un des quatre symboles des cartes à jouer. Il y avait aussi des billes noires dont j'ai oublié le nom dont j'étais très friand et toutes sortes d'autres tentations sucrées.

En dehors des heures de pointe des jours ouvrés, il n'y avait tout au plus qu'un train par heure.



A son approche, l'accès au passage souterrain vers le quai central, noirci par des lustres de passages de locomotives à vapeur, était donné par un employé qui poinçonnait les billets car l'accès aux quais n'était pas libre en ce temps-là.

Depuis le début des années 60, les locomotives à vapeur du type 141 TB avaient été remplacées par des locomotives diesel de type BB 66000 en tête des trains de banlieue. En revanche, jusqu'à la moitié de la décennie, les trains express et les trains de marchandises continuèrent à être tractés par tout ce que la région est avait encore de Pacific, de Mikado et de Mountain dont les coups de sifflet si caractéristiques s'entendaient jusque dans la maison de mes grands-parents, en un temps où Richard Anthony chantait "que c'est triste un train qui siffle dans le soir ..."

Et le train arrivait. Malgré sa moderne locomotive, il se composait encore des voitures est couleur vert bouteille dans lesquelles il fallait se hisser car elles étaient fort hautes. Et c'est bien cela qui les rendaient si agréables pour le bambin que j'étais car, depuis le petit compartiment non-fumeur latéral, on avait une vue imprenable sur la paysage familier qui se déroulait.

Les voitures étaient encore chauffées à la vapeur. Par temps froid, il montait, avec un bruit de cocote-minute mijotant sur le réchaud, des fumerolles bien blanches des câbles qui reliaient les voitures entre elles.

Elles semblaient glisser sur les rails plutôt que rouler. Les sièges faisaient penser à un caillebotis de bois. Ils n'étaient guère moelleux mais maintenaient fermement les dos fatigués.

Au début, le paysage n'était guère avenant car, après le rû de la Lande qui serpentait derrière les derniers pavillons de Villiers, Champigny sur Marne n'offrait au regard au mieux que des friches délaissées avec au loin un vaste terrain rempli d'épaves d'automobiles. On entrevoyait ensuite les masures indigentes du sinistre bidonville. Mais, après le pont sur la grande ceinture extérieure, Champigny se présentait sous un jour meilleur avec ses cités-jardins ouvrières et ses petits pavillons de banlieue.

Lorsque la grande ceinture intérieure nous rejoignait, la vue devenait grandiose avec d'abord la rive campinoise de la Marne aux guinguettes ceintes de verdure, puis les arbres majestueux parant l'île dans laquelle, selon ma grand-mère, s'était retranchée la criminelle bande à Bonot. Le train commençait alors à freiner alors que l'on voyait les hôtels cossus de la rive nogentaise et sa piscine.

La gare de Nogent sur Marne était alors un bâtiment de bois peint en blanc. Il disposait d'une gare marchandises attenante et d'un faisceau de voies où divers wagons attendaient d'être chargés ou déchargés.

Après le coup de sifflet, le train reprenait sa route. Après les pavillons du nord de Nogent, il y avait à perte de vue des petits jardins ouvriers. Le site est absolument méconnaissable. Là où croissaient paisiblement des poireaux et des navets, des camions venus de toute l'Europe défilent, sur l'autoroute qui cerne la voie ferrée, en un flot ininterrompu sur fond de buildings aussi modernes qu'impersonnels.

Le train ralentissait à nouveau en longeant de petits pavillons de meulières et arrivait dans la grande gare de Rosny-sous-Bois au coeur de la commune.

Et puis, les portes se fermaient en coulissant doucement. Les essieux cliquetaient sur les éclisses. A nouveau, des jardins, des arbres, des potagers ; quelques cabanes et abris de bois pour toute construction.

Le train s'engageait dans une courbe sur la gauche et longeait les premières maisons de Noisy le sec après être passé au-dessus de la voie en provenance de Strasbourg. Il ralentissait alors pour entrer dans la gare de la commune, d'apparence alors moderne, quoique fort disgracieuse.

A partir de là, le paysage changeait du tout au tout. Toutes les voies avaient été électrifiées et l'on voyait un triage à perte de vue tandis que, sur la gauche, se succédaient avec monotonie des usines et des hangars. Après avoir franchi le canal de l'Ourcq, le train descendait et longeait les voies où étaient garées les rames vides, attendant d'être utilisées pour de prochains trains.

On pouvait y voir, parmi des voitures d'express et des voitures-lits françaises, des voitures allemandes, autrichiennes et parfois même tchèques et polonaises.

Puis le train entrait lentement dans la gare de Pantin, la dernière étape avant la ville-lumière.

Il faut toutefois bien reconnaître que l'entrée dans Paris par la Villette n'était alors guère lumineuse. Sur la droite, ce n'étaient que grands gazomètres tandis que, sur la gauche, des entrepôts de briques se miraient dans le canal.

Après avoir dépassé la petite ceinture, on ne voyait plus que des voies où attendait le matériel moteur. Il y en avait alors de tous les types, des modernes locomotives électriques vertes, les BB 16000 attelées aux rapides et aux express vers Strasbourg et Luxembourg et les 16500 pour les trains de banlieue vers Meaux ; des locomotives diesel tantôt bleues, tantôt vert bouteille et encore nombre de locomotives à vapeur d'apparence noire.

Puis le train ralentissait, passant d'aiguillage en aiguillage, jusqu'à longer le quai final de l'arrivée.

"Paris-est, ici Paris-est" ...  



    

samedi 12 janvier 2019

Aller à Paris - via Vincennes

En ce temps là, aller à Paris était, pour les Villiérains de tous les âges, la chose la plus naturelle du monde.

S'il commençait en effet à y avoir des commerces de moyenne surface dans nombre de communes, Paris restait le grand centre commercial de toute l'Ile de France.

Pour se vêtir, s'équiper en outillage, en articles de vacances et de loisirs, Villiers se retrouvait dans les grands magasins du centre de Paris, le Bazar de l'Hôtel de ville, la Samaritaine, le grand magasin du Louvre, sans oublier, bien sûr, ceux du quartier de l'Opéra, les Galeries Lafayette, le Printemps ...

Pour se rendre au centre de Paris, on pouvait encore miser sur l'automobile privée en cette époque où il n'y avait encore que des zones bleues, peu nombreuses. Mais, il n'était pas pour autant facile de trouver une place pour se garer !

Il y avait cependant un moyen fort commode, l'autobus 206 de la RATP.

Nous le prenions en bas de la rue où habitaient mes grands-parents, à l'arrêt des Mousquetaires.

Il se trouvait alors tout près de la rue éponyme, devant la petite épicerie de quartier que remplaça plus tard la tapisserie Vetu.

L'abri, tout de ciment peint en jaune et recouvert de nombreuses strates d'affiches, n'était guère avenant car une âcre odeur d'urine l'empestait le plus souvent.

Nous attendions plutôt à proximité du potelet. En haut de celui-ci, une plaque de métal latérale circulaire, peinte pour moitié en rouge et pour l'autre moitié en jaune, comportait en son milieu l'indice de la ligne en caractères noirs sur fond blanc. Autour de cette sorte de lentille était écrit "faire signe au machiniste".

Le temps me paraissait souvent bien long près du potelet. Mais la silhouette rondelette d'un Chausson finissait toujours par apparaître au loin, là où la route du Plessis tournait vers la gauche en longeant le café Jubon.

Il avançait vers nous en semblant se balancer. Le bas de sa carrosserie vert foncé tranchait avec le ton ivoire de sa toiture tandis que le capot de ligne indiquait invariablement 206 en chiffres blancs sur fond noir.

  
L'autobus freinait doucement, s’arrêtait. Sur la gauche, une grande plaque de métal indiquait "206" en lettres jaunes sur fond rouge, tandis que trois bandeaux logés sous les vitres détaillaient le parcours de la ligne du Plessis-Trévise au Château de Vincennes.

Le chauffeur ouvrait la petite porte avant à deux vantaux. Chaque passager lui tendait un ou plusieurs billets qu'il compostait en tournant le manche d'un petit appareil surnommé "la moulinette".

Puis, il démarrait. Les Chausson n'avaient pas une suspension très élaborée. On y ressentait beaucoup les mouvements de la carrosserie. Les petites vitres qui compartimentaient certains sièges en vis-à-vis cliquetaient contre leur cadre métallique.

Après avoir dépassé la scierie Giraud sur la gauche, nous descendions maintenant la route du Plessis tracée entre des pavillons aux grands jardins arborés.

On laissait alors la rue du Docteur Filloux sur la droite dont les terrains étaient encore vierges des grands immeubles que construirait plus tard "Notre Cottage". L'autobus vrombissait dans la rue sinueuse à la circulation alors très peu dense !

Après avoir longé sur la gauche la boulangerie Charpentier et la boucherie Esposito, le Chausson s'immobilisait devant la coiffeuse, à l'arrêt Georges Demesy.

Il reprenait ensuite son trajet entre villas et pavillons tranquilles d'une petite commune encore bien provinciale.



Un feu tricolore l'obligeait souvent à marquer un arrêt avant de s'engager sous le pont sombre et étroit du chemin de fer de Paris à Mulhouse. Mais, il retrouvait vite la lumière et, après avoir salué le moderne salon de coiffure sur la droite, il virait à gauche dans le boulevard de Mulhouse, entre une boulangerie à gauche et le Monoprix à droite.

Puis, il arrivait sur la place de la Gare. Il ralentissait, passait devant la pharmacie, les deux cafés qui se faisaient face des deux côtés de la rue Louis Lenoir et s'arrêtait doucement devant le cinéma de Villiers.




Beaucoup de voyageurs descendaient à cet arrêt mais il en montait presque autant.

Le Chausson reprenait doucement sa route, se plaçant dans la file d'automobiles qui attendaient le passage au vert du feu tricolore. Souvent, cela me donnait l'occasion de contempler la merveilleuse vitrine du bazar de la gare. La plupart du temps, elle était remplie de modèles réduits Dinky toys qui reproduisaient fidèlement la plupart des véhicules de tourisme roulant à l'époque. Mais, pendant l'Avent, un circuit de trains de la marque Jouef avec bloc automatique lumineux, gare et quai constituait une sorte d'apothéose.

Si la file d'automobiles était moins longue, c'est devant le magasin d'instruments de musique que nous attendions. Je regardais avec admiration les belles guitares électriques que grattaient avec plus ou moins de talent tant de jeunes gens en cette décennie inaugurée par le twist, le madison, le locomotion et les joyeuses chansons des yé-yé.

Enfin, le feu passait au vert. Après avoir aperçu, non sans la plus vive appréhension, le cabinet du Docteur Ouyoun qui m’administrait régulièrement des vaccins, à mon plus grand effroi, je voyais notre Chausson s'engager dans la rue Gallieni qu'il semblait gravir avec peine.

On y contemplait encore de familiers pavillons de meulière parés d'arbres majestueux. L'autobus cédait le passage aux véhicules venant de la poste puis s’arrêtait à l'arrêt de la mairie, muni lui aussi d'un sombre abri de ciment.

Il fallait ensuite attendre à nouveau que le feu passe au vert. Sur la gauche, il y avait un marchand de vélosolex et de motocyclettes. L'autobus opérait ensuite un difficile virage à gauche puis poursuivait son chemin dans la route de Paris. A partir de la rue Briand, le paysage redevenait pavillonnaire. Nous marquions un bref arrêt à "Beausejour", puis nous repartions.

Cette fois, il n'y avait plus de construction mais de grands champs exploités par des maraîchers. Oui, il y avait alors des tracteurs agricoles à Villiers !

La route devenait une belle allée ornée de platanes. La chaussée pavée faisait vibrer les vitres de l'autobus. Sur la droite, s'étendait alors une grande scierie. Il était rare que l'autobus s'arrêtât à l'arrêt "les Clotais", alors au milieu de nulle part. Par contre, il y avait généralement un ou deux voyageurs qui montaient à "Marais". Après le pont au dessus de la grande ceinture extérieure, il n'y avait plus guère de pavillons mais de petits immeubles construits directement le long du trottoir.

Nous arrivions alors à la Fourchette de Bry, absolument méconnaissable aujourd'hui. L'attente au feu tricolore me paraissait bien longue. Puis l'autobus arrivait à son dernier arrêt, commun avec la ligne 106, avant de commencer son trajet direct jusqu'au terminus.




Le passage à niveau de la grande ceinture intérieure venait d'être remplacé par un passage inférieur qui donnait aux lieux un aspect moderne qui tranchait avec la grisaille des immeubles de Champigny. Malgré le trajet direct, un feu tricolore nous imposait souvent d'attendre au carrefour Général de Gaulle-Stalingrad.

Ensuite, nous repartions vers la fourchette de Champigny. Il nous arrivait alors de doubler un 106. Cette ligne était alors exploitée avec de vieux Somua du début des années 50. Comme ceux du 206, les bandeaux du 106 étaient jaunes sur fond rouge, montrant ainsi qu'il s'agissait d'une "ligne-soeur".

Après la fourchette de Champigny, le trajet devenait commun avec celui du 108 et du 208 qui, eux, avaient des bandeaux rouges sur fond blanc.

Une fois arrivés à la limite de Joinville-le-pont, la chaussée était à nouveau pavée et elle le restait jusqu'au terminus. J'aimais la belle place de Verdun et les verts ramages de ses nombreux arbres.

Le large pont de Joinville paraissait très moderne. Après l'avoir franchi, notre autobus tournait sur la droite. Il montait la petite rue en sens unique puis s'engageait sous le pont du chemin de fer de la Bastille.

Nous étions arrivés dans le joli bois de Vincennes. Comme le toit de notre Chausson était ajouré de sortes de hublots, on voyait bien les branches que les grands arbres tendaient comme un dais de verdure protecteur au-dessus de nous.





Les pavés du bois de Vincennes faisaient vibrer notre autobus bien plus que les chaussées empruntées précédemment. Cela devait bien incommoder maints passagers mais cela enjouait au contraire le petit garçon que j'étais alors et je n'étais guère impatient que nous arrivassions au terminus.

Mais il se profilait inéluctablement, je le savais bien.

Beaucoup d'automobilistes garaient leur voiture des deux côtés de l'avenue de Nogent. J'admirais les chauffeurs qui pilotaient un si large véhicule sans jamais heurter la moindre automobile, bien minuscule en comparaison.

L'autobus ralentissait, virait légèrement sur la droite et s'immobilisait parmi ses nombreux frères qui prenaient, comme lui, un peu de repos avant de reprendre leur route dans l'autre sens.

Un très grand nombre de lignes convergeaient alors au Château de Vincennes et le petit garçon s'émerveillait de la diversité des couleurs des bandeaux, qui aux lettres blanches sur fond noir, sur fond émeraude ou sur fond azur, qui aux lettres jaunes sur fond azur ou sur fond noir, qui aux lettres bleues sur fond blanc ou sur fond jaune. Il y en avait vraiment pour tous les goûts.

Nous descendions et nous hâtions de rejoindre l'entrée du chemin de fer métropolitain. La ligne de Vincennes au Pont de Neuilly était alors la plus moderne. Elle disposait d'un matériel sur pneus unique au monde.



Nous montions dans l'une des rames en attente et nous nous installions sur l'une des banquettes. Les rames avaient alors une première classe répartie entre deux voitures. Là se trouvait le petit compartiment qui avait notre préférence.

Puis les stations s'égrenaient de façon plutôt monotone, Bérault, Saint-Mandé Tourelle.

A la Porte de Vincennes, il y avait encore quatre voies remontant à l'époque où cette station était le terminus de la ligne. Puis Nation, Reuilly-Diderot.

La station de la gare de Lyon avait une apparence différente, vaste et comportant sur la gauche un raccordement vers la ligne qui se terminait alors à l'église de Pantin.

Ensuite, la rame s'engageait lentement dans une courbe serrée sur la droite. Après avoir pris ensuite un peu de vitesse, elle ralentissait à nouveau pour pénétrer lentement dans la station de la Bastille, le seul point de la ligne où l'on voyait la lumière du jour et, furtivement, le canal Saint Martin.

Encore quelques minutes et quelques stations et nous serions arrivés dans les grands magasins ...






samedi 5 janvier 2019

On est ravi ... du Monoprix

Une mémoire des années 60 à Villiers en est indissociable.

Entre le boulevard de Mulhouse et l'avenue Louis Lenoir a ouvert un supermarché qui fait entrer le commerce local dans une nouvelle ère: le Monoprix.

Du côté du boulevard de Mulhouse, un parking spacieux est à la disposition de la chalandise motorisée.

Munie d'un moderne portail à ouverture automatique, l'entrée donne accès sur la droite à un rayon de disques, le temple des jeunes twisters et autres danseurs de mashed potatoes ou de madison. Ce n'est pas de la nostalgie qui embellit un passé aux contours devenus imprécis. Non, il y avait dans l'air ces années-là une joie de vivre, des couleurs vives, un fond sonore enjoué qui irradiaient un optimisme diffus. Aujourd'hui valait la peine d'être vécu et demain serait mieux encore. Oui, que l'on imagine l'ambiance dans le magasin quand le disquaire faisait la promotion de son rayon en jouant Apache des Shadows, quand Sheila y entonnait énergiquement "vous les copains, je ne vous oublierai jamais ..." ou quand Johnny Halliday y proclamait de sa voix forte "si j'étais un charpentier, si tu t'appelais Marie ...".
 
Les bambins n'étaient pas en reste car l'entrée faisait face au rayon de jouets où trônaient des miniatures Norev de toutes les couleurs et dans différentes échelles.

Mais les parents préfèraient s'avancer plus loin dans le magasin, dans les rayons de prêt à porter. Les larges sorties vitrées côté rue Lenoir attiraient les élégantes de leurs rayons de maquillage et de parfumerie, tandis que les ménagères se hâtaient de rejoindre le côté ouest du magasin où l'on trouvait tous les produits d'alimentation.

Tous ceux qui l'ont connu se souviennent du Monoprix comme d'un magasin d'une qualité que n'ont atteinte aucune des enseignes qui lui ont succédé dans la commune, et de très loin.

La fermeture de ce magasin marqua donc une étape mélancolique de ce que les anciens Villiérains vécurent comme un déclassement progressif de leur commune ...