samedi 14 décembre 2019

69, Noël féerique




 I'm dreaming of a white Christmas
just like the ones I used to know
Where the treetops glisten
and children listen
to hear
sleigh bells in the snow.


I'm dreaming of a white Christmas
With every Christmas card I write
"May your days be merry and bright
And may all your Christmases be white ...

La voix chaude de Bing Crosby a rendu cette chanson si populaire dans le monde entier qu'elle a fini par devenir un chant de Noël par excellence ...

Récemment, une sympathique personne que je vois presque chaque matin entre la descente du train et la montée dans le tramway me disait sa frustration de n'avoir pas encore vécu de Noël blanc. "Oui, tantôt il neige avant, tantôt il neige après, mais, jusqu'à présent, jamais encore à Noël". A la douceur de son anglais, je l'avais toujours crue britannique. Mais non, elle est Sud-africaine ! Alors, en effet, vu l'inversion des saisons et la latitude du pays, le Noël blanc y est radicalement improbable.

Mais j'ai bonne mémoire d'un Noël blanc, spécial a beaucoup d'égard. Celui de 1969, le dernier de la décennie des soixante, si optimiste, jeune, joyeuse, exubérante et colorée.

Je vivais alors chez mes grands-parents, à Villiers-sur-Marne. Mon grand-père jouissait d'une retraite bien méritée depuis le mois de février. Et Bommi Anna, la mère de ma grand-mère vivait son dernier Noël au milieu de nous, ce que nous ne savions pas encore. 

Cette année-là, le réveillon tomba un mercredi et le jour de Noël un jeudi.

J'étais donc déjà en vacances depuis quelques jours. Or, le mois de décembre 1969 avait été très froid. Et la neige, cette semaine-là, tombait encore à grand randon.

Bommi Anna était luxembourgeoise. Nous avions donc l'habitude d'écouter des cantiques allemands pendant la période de Noël.

Noël 1961

A peine le grand disque de Deutsch Grammophon était-il posé sur l'électrophone que des cloches carillonnaient mélodieusement. Puis, un choeur d'enfants entonnait ces beaux chants gravés indélébilement dans ma mémoire comme dans un disque de cire ! 


Am Weihnachtsbaum die Lichter brennen,
wie glänzt er festlich, lieb und mild,
als spräch' er: "Wollt in mir erkennen
getreuer Hoffnung stilles Bild!"

Zwei Engel sind hereingetreten,
kein Auge hat sie kommen seh'n,
sie gehn zum Weihnachtstisch und beten,
und wenden wieder sich und geh'n.

Kein Ohr hat ihren Spruch vernommen,
unsichtbar jedes Menschen Blick
sind sie gegangen wie gekommen,
doch Gottes Segen blieb zurück.


Il me suffisait de l'écouter pour que tout un tableau intérieur s'anime. Les deux anges entrent, s'avancent jusqu'à la table de Noël, s'inclinent en priant, se tournent et s'en vont avec un mouvement d'automates ...




still und starr ruht der See
Weihnachtlich glänzet der Wald,
freue dich, Christkind kommt bald.

Les mains posées sur le radiateur qui prodiguait sa douche chaleur, je voyais la neige tomber en tourbillonnant. Il ne manquait que le lac et la forêt, encore qu'il y avait beaucoup d'arbres dans le jardin de mes grands-parents, notamment un grand et majestueux noisetier en face de la porte-fenêtre du salon.
  

 In den Herzen ist's warm
still schweigt Kummer und Harm
Sorge des Lebens verhallt,
freue dich, Christkind kommt bald.

Comme tous les enfants, j'attendais la nuit où, bravant l'obscurité glaciale, le distributeur de cadeaux viendrait visiter notre maison.
Bald ist die heilige Nacht
Chor der Engel erwacht
Hört nur wie lieblich es schallt,
freue dich, Christkind kommt bald!





 
Et il y avait beaucoup d'autres chants sur ce grand disque, tous plus beaux et prenants les uns que les autres, vom Himmel hoch da komm ich her, Es ist ein Ros entsprungen, O, du fröhliche, o du seelige, gnadenbringende Weihnachtszeit, Ihr Kinderlein kommet, o kommet doch all, Alle Jahre wieder, kommt das Christuskind, Kommet, ihr Hirten, ihr Männer und Frauen, sans oublier, bien sûr, Stille Nacht, heilige Nacht et O Tannenbaum.

Un sapin odorant avait été dressé dans le salon, paré de guirlandes, de boules et de clochettes aux couleurs soutenues dont il était chamarré. Comme de coutume, la crèche attendait à son pied que ses santons viennent la rejoindre.

Dehors, ce n'était plus un manteau blanc que la neige avait déposé dans le jardin, c'était un matelas épais.

Mon oncle Alain, le plus jeune frère de ma mère, eut la brillante idée de décorer l'un des conifères du jardin de boules et d'une guirlande électrique.

Alain à l'école du Bois de Gaumont dans les années 50


C'était magique. Le tapis de neige s'illuminait des couleurs de la guirlande qui faisait aussi scintiller les boules de Noël.

Le soir de Noël venu, nous partîmes jusqu'à la place Remoiville assister à la messe de minuit.

L'église était remplie. Du haut de mes huit ans, j'étais dominé par les statures de tous les adultes qui me cernaient de toutes parts. Je ne voyais pas grand chose et je ne comprenais pas encore grand chose à tout ce rituel.

D'autres chants traversaient l'assistance d'autant plus fervente qu'elle avait bravé une nuit glacée pour fêter la naissance de son sauveur: les anges dans nos campagnes, il est né le divin enfant, minuit, Chrétiens, c'est l'heure solennelle où l'homme-Dieu descendit jusqu'à nous.

La messe terminée, nous rentrâmes et trouvâmes le repas de réveillon prêt à notre arrivée. Ce n'était pas le festin des trois messes basses d'Alphonse Daudet mais je ne me rappelle bien nettement de la savoureuse bûche à la crème de marron.

Comme la maison semblait chaleureuse et lumineuse après l'épreuve du frimas vif de la nuit enneigée.

Le lendemain, j'eus le cadeau le plus marquant de mon enfance. Il me communiqua une sorte de virus qui ne m'a pas encore quitté depuis. Il s'agissait d'un train électrique Jouef composé d'une locomotive diesel alors très moderne, d'une voiture-couchettes de la Compagnie des Wagons-Lits et de deux wagons porte-automobiles garnis de douze voitures de tourisme. Le circuit comportait même un passage à niveau fonctionnel. C'était comme entrer dans une nouvelle dimension.

De temps en temps, j'allais dans le jardin jouer avec une voiture de course italienne, une Lancia rouge. C'était l'occasion unique de tracer des routes dans la neige et d'imaginer un rallye ... mais mes doigts gourds rougis par le froid vif ne résistaient pas aussi longtemps que ma passion d'enfant l'aurait voulu et je rentrais au bercail, le temps de me réchauffer.

Ce Noël passa trop vite, comme tous les Noëls que j'aurais toujours voulus deux fois plus longs qu'une journée normale. Mais celui-là reste l'un des plus brillants de ma longue mémoire ... Tant de choses allaient changer, bien plus qu'on ne l'aurait imaginé. Il n'y avait déjà plus de trains en gare de la Bastille. Bientôt, nos autobus n'iraient plus au Château de Vincennes ... Les années 60 s'en étaient allées pour toujours ...

Appendix

Pe trouz war an douar (chant breton, quel est ce bruit sur terre ?)


Jul, strålande Jul (chant suédois, Noël éclatant)

Dejlig er jorden (chant danois, exquise est la terre)

Tenn lys (norvégien, allume une bougie)

An der grousser helger Nuecht (luxembourgeois, dans la grande sainte nuit)

Dsisiaj w Betlejem (polonais, aujourd'hui à Bethlehem)

Tu scendi dalle stelle (italien, Tu descends des étoiles)

Noël chanté par un ange gallois

Noël en arabe par Feirouz






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