dimanche 27 janvier 2019

Le commerce sur roues

Ce Villiers sur Marne si paisible, si provincial de mon enfance avait alors pour chef-lieu Versailles. Il appartenait en effet à un grand département essentiellement rural, la Seine et Oise, dans laquelle Paris et son petit département de la Seine étaient entièrement enclavés.

En ce temps-là, le petit commerce de détail était florissant, dynamique. Il y en avait dans chaque quartier.

Mais le commerce prenait alors aussi une forme typiquement rustique qui a depuis lors complètement disparu.

Il y avait dans le haut de Villiers une épicerie d'une des nombreuses chaînes à succursales multiples de l'époque, le Familistère. Le gérant disposait aussi d'une camionnette de type Citroën H avec laquelle il proposait ses marchandises dans tous les quartiers de la commune. Je me souviens de cette camionnette garée devant la maison familiale pendant que mon grand-père attendait son tour dans la file qu'il formait avec les voisins.





Une autre échoppe sur roues dura bien plus longtemps. C'était celle de la Ferme du parc, à Coeuilly, de M. van den Naweele. Mais tout le monde l'appelait le laitier. Depuis son grand Citroën H peint en bleu et blanc, après avoir soufflé dans une sorte de petit cor pour appeler les chalands, le laitier venait prodiguer, chaque jour en fin d'après-midi, non seulement du lait, toutes sortes de yaourts et de fromage, du beurre et des oeufs, mais aussi des produits d'alimentation courante dont des rouleaux de réglisse comportant un bonbon de couleur en leur centre dont j'ai gardé une sorte d'addiction à vie. Beaucoup de Villiéraines avaient commencé à travailler, de sorte que certains foyers étaient inoccupés dans la journée. Qu'à cela ne tienne! Les gens accrochaient leur commande à leur porte et laissaient l'argent sur leur seuil, voire sous leur paillasson. Vous avez bien lu! C'est ainsi que l'on vivait à Villiers alors, avec des standards de morale collective tels qu'il n'y avait pas de risque à laisser l'argent pour un litre de lait sur le seuil de sa maison, à côté de la bouteille vide de la veille.

Le commerce sur roues se sédentarisait en tout cas les jeudis et les dimanches avec des marchés d'une affluence dont on ne peut guère avoir idée. Les étals succédaient aux éventaires de manière ininterrompue depuis la poste jusqu'à l'église, y compris sur la place Remoiville et tout au long de la rue du Belvédère qui longeait alors le marché couvert, en contrebas. Le marché couvert, qui semblait fort moderne à l'époque, proposait tous les produits alimentaires nécessaires aux ménagères. Boucherie et charcuterie côtoyaient crèmerie et fromagerie, en passant par les fruits et légumes, les épices et les pâtisseries.

Le plus jeune frère de ma mère, mon oncle Alain, était une sorte de grand-frère et je le suivais partout comme la chaloupe suit le navire. Mais j'étais toujours angoissé quand nous traversions le marché. J'étais à peine haut comme trois pommes. Je ne voyais que des jambes autour de moi tant la foule était dense et je me cramponnais à la main de mon oncle comme la moule s'amarre au rocher.





Mais l'épreuve était souvent récompensée car, en plusieurs points, des marchands vendaient des automobiles miniatures. C'était la grande époque des voitures NOREV aux couleurs vives. Mais il y avait beaucoup d'autres productions en plastique dans les échelles les plus diverses. Je m'attardais toujours devant l'étal d'un vendeur qui proposait des piles de voitures de La Clé, une marque disparue, mais omniprésente alors puisqu'elle était l'un des principaux avantages compétitifs de la poudre à laver Bonux dont tous les garçonnets de France et de Navarre étaient les meilleurs agents commerciaux auprès de leur maman.



Il y avait aussi un marché les samedis, au Bois de Gaumont. Il était bien plus étendu alors qu'il ne l'a été ensuite. Mais il ne me paraissait guère attrayant ... l'offre de petites voitures y était vraiment indigente ...

 


samedi 26 janvier 2019

Aller à Paris - en train

Si prendre le chemin de fer métropolitain au Château de Vincennes était l'option la plus commode lorsque l'on voulait se rendre au Bazar de l'Hôtel de ville ou à la Samaritaine, on préférait le chemin de fer pour aller aux Galeries Lafayette ou au Printemps.

Il n'y avait alors qu'un seul accès à la gare, du côté nord. En venant de la route du Plessis, on longeait d'abord le grand parking, gratuit naturellement, qui avait remplacé après la guerre un pré longeant le remblais. On arrivait ensuite au bâtiment-voyageurs qui disposait sur la gauche d'un garage à bicyclette.

La gare avait alors l'apparence rassurante d'un pavillon bucolique. Sur ses murs latéraux figuraient deux plaques émaillées à fond bleu indiquant en lettres blanches "Villiers sur Marne - Le Plessis-Trévise".

Bien que la façade donnant sur la place de la gare fût munie de deux grands escaliers, ce n'est point par eux que l'on accédait aux voies mais par une entrée au niveau de la place de la gare elle-même, à gauche par rapport au bâtiment de la gare .

Lorsque l'on entrait, on trouvait les guichets où l'on pouvait acheter les billets mais aussi des panneaux indicateurs de l'imprimerie Chaix qui répertoriaient tous les trains circulant sur les lignes de la région est. Il y avait aussi une petite salle d'attente, défraîchie, chauffée par un poêle. Sur l'un des murs était affiché un plan du réseau du chemin de fer métropolitain permettant aux voyageurs de bien préparer leur trajet dans Paris. Et la vétuste salle disposait aussi d'un moderne appareil distributeur de friandises. J'aimais beaucoup les pastilles de réglisse "les quatre as" sur lesquelles figuraient en relief l'un des quatre symboles des cartes à jouer. Il y avait aussi des billes noires dont j'ai oublié le nom dont j'étais très friand et toutes sortes d'autres tentations sucrées.

En dehors des heures de pointe des jours ouvrés, il n'y avait tout au plus qu'un train par heure.



A son approche, l'accès au passage souterrain vers le quai central, noirci par des lustres de passages de locomotives à vapeur, était donné par un employé qui poinçonnait les billets car l'accès aux quais n'était pas libre en ce temps-là.

Depuis le début des années 60, les locomotives à vapeur du type 141 TB avaient été remplacées par des locomotives diesel de type BB 66000 en tête des trains de banlieue. En revanche, jusqu'à la moitié de la décennie, les trains express et les trains de marchandises continuèrent à être tractés par tout ce que la région est avait encore de Pacific, de Mikado et de Mountain dont les coups de sifflet si caractéristiques s'entendaient jusque dans la maison de mes grands-parents, en un temps où Richard Anthony chantait "que c'est triste un train qui siffle dans le soir ..."

Et le train arrivait. Malgré sa moderne locomotive, il se composait encore des voitures est couleur vert bouteille dans lesquelles il fallait se hisser car elles étaient fort hautes. Et c'est bien cela qui les rendaient si agréables pour le bambin que j'étais car, depuis le petit compartiment non-fumeur latéral, on avait une vue imprenable sur la paysage familier qui se déroulait.

Les voitures étaient encore chauffées à la vapeur. Par temps froid, il montait, avec un bruit de cocote-minute mijotant sur le réchaud, des fumerolles bien blanches des câbles qui reliaient les voitures entre elles.

Elles semblaient glisser sur les rails plutôt que rouler. Les sièges faisaient penser à un caillebotis de bois. Ils n'étaient guère moelleux mais maintenaient fermement les dos fatigués.

Au début, le paysage n'était guère avenant car, après le rû de la Lande qui serpentait derrière les derniers pavillons de Villiers, Champigny sur Marne n'offrait au regard au mieux que des friches délaissées avec au loin un vaste terrain rempli d'épaves d'automobiles. On entrevoyait ensuite les masures indigentes du sinistre bidonville. Mais, après le pont sur la grande ceinture extérieure, Champigny se présentait sous un jour meilleur avec ses cités-jardins ouvrières et ses petits pavillons de banlieue.

Lorsque la grande ceinture intérieure nous rejoignait, la vue devenait grandiose avec d'abord la rive campinoise de la Marne aux guinguettes ceintes de verdure, puis les arbres majestueux parant l'île dans laquelle, selon ma grand-mère, s'était retranchée la criminelle bande à Bonot. Le train commençait alors à freiner alors que l'on voyait les hôtels cossus de la rive nogentaise et sa piscine.

La gare de Nogent sur Marne était alors un bâtiment de bois peint en blanc. Il disposait d'une gare marchandises attenante et d'un faisceau de voies où divers wagons attendaient d'être chargés ou déchargés.

Après le coup de sifflet, le train reprenait sa route. Après les pavillons du nord de Nogent, il y avait à perte de vue des petits jardins ouvriers. Le site est absolument méconnaissable. Là où croissaient paisiblement des poireaux et des navets, des camions venus de toute l'Europe défilent, sur l'autoroute qui cerne la voie ferrée, en un flot ininterrompu sur fond de buildings aussi modernes qu'impersonnels.

Le train ralentissait à nouveau en longeant de petits pavillons de meulières et arrivait dans la grande gare de Rosny-sous-Bois au coeur de la commune.

Et puis, les portes se fermaient en coulissant doucement. Les essieux cliquetaient sur les éclisses. A nouveau, des jardins, des arbres, des potagers ; quelques cabanes et abris de bois pour toute construction.

Le train s'engageait dans une courbe sur la gauche et longeait les premières maisons de Noisy le sec après être passé au-dessus de la voie en provenance de Strasbourg. Il ralentissait alors pour entrer dans la gare de la commune, d'apparence alors moderne, quoique fort disgracieuse.

A partir de là, le paysage changeait du tout au tout. Toutes les voies avaient été électrifiées et l'on voyait un triage à perte de vue tandis que, sur la gauche, se succédaient avec monotonie des usines et des hangars. Après avoir franchi le canal de l'Ourcq, le train descendait et longeait les voies où étaient garées les rames vides, attendant d'être utilisées pour de prochains trains.

On pouvait y voir, parmi des voitures d'express et des voitures-lits françaises, des voitures allemandes, autrichiennes et parfois même tchèques et polonaises.

Puis le train entrait lentement dans la gare de Pantin, la dernière étape avant la ville-lumière.

Il faut toutefois bien reconnaître que l'entrée dans Paris par la Villette n'était alors guère lumineuse. Sur la droite, ce n'étaient que grands gazomètres tandis que, sur la gauche, des entrepôts de briques se miraient dans le canal.

Après avoir dépassé la petite ceinture, on ne voyait plus que des voies où attendait le matériel moteur. Il y en avait alors de tous les types, des modernes locomotives électriques vertes, les BB 16000 attelées aux rapides et aux express vers Strasbourg et Luxembourg et les 16500 pour les trains de banlieue vers Meaux ; des locomotives diesel tantôt bleues, tantôt vert bouteille et encore nombre de locomotives à vapeur d'apparence noire.

Puis le train ralentissait, passant d'aiguillage en aiguillage, jusqu'à longer le quai final de l'arrivée.

"Paris-est, ici Paris-est" ...  



    

samedi 12 janvier 2019

Aller à Paris - via Vincennes

En ce temps là, aller à Paris était, pour les Villiérains de tous les âges, la chose la plus naturelle du monde.

S'il commençait en effet à y avoir des commerces de moyenne surface dans nombre de communes, Paris restait le grand centre commercial de toute l'Ile de France.

Pour se vêtir, s'équiper en outillage, en articles de vacances et de loisirs, Villiers se retrouvait dans les grands magasins du centre de Paris, le Bazar de l'Hôtel de ville, la Samaritaine, le grand magasin du Louvre, sans oublier, bien sûr, ceux du quartier de l'Opéra, les Galeries Lafayette, le Printemps ...

Pour se rendre au centre de Paris, on pouvait encore miser sur l'automobile privée en cette époque où il n'y avait encore que des zones bleues, peu nombreuses. Mais, il n'était pas pour autant facile de trouver une place pour se garer !

Il y avait cependant un moyen fort commode, l'autobus 206 de la RATP.

Nous le prenions en bas de la rue où habitaient mes grands-parents, à l'arrêt des Mousquetaires.

Il se trouvait alors tout près de la rue éponyme, devant la petite épicerie de quartier que remplaça plus tard la tapisserie Vetu.

L'abri, tout de ciment peint en jaune et recouvert de nombreuses strates d'affiches, n'était guère avenant car une âcre odeur d'urine l'empestait le plus souvent.

Nous attendions plutôt à proximité du potelet. En haut de celui-ci, une plaque de métal latérale circulaire, peinte pour moitié en rouge et pour l'autre moitié en jaune, comportait en son milieu l'indice de la ligne en caractères noirs sur fond blanc. Autour de cette sorte de lentille était écrit "faire signe au machiniste".

Le temps me paraissait souvent bien long près du potelet. Mais la silhouette rondelette d'un Chausson finissait toujours par apparaître au loin, là où la route du Plessis tournait vers la gauche en longeant le café Jubon.

Il avançait vers nous en semblant se balancer. Le bas de sa carrosserie vert foncé tranchait avec le ton ivoire de sa toiture tandis que le capot de ligne indiquait invariablement 206 en chiffres blancs sur fond noir.

  
L'autobus freinait doucement, s’arrêtait. Sur la gauche, une grande plaque de métal indiquait "206" en lettres jaunes sur fond rouge, tandis que trois bandeaux logés sous les vitres détaillaient le parcours de la ligne du Plessis-Trévise au Château de Vincennes.

Le chauffeur ouvrait la petite porte avant à deux vantaux. Chaque passager lui tendait un ou plusieurs billets qu'il compostait en tournant le manche d'un petit appareil surnommé "la moulinette".

Puis, il démarrait. Les Chausson n'avaient pas une suspension très élaborée. On y ressentait beaucoup les mouvements de la carrosserie. Les petites vitres qui compartimentaient certains sièges en vis-à-vis cliquetaient contre leur cadre métallique.

Après avoir dépassé la scierie Giraud sur la gauche, nous descendions maintenant la route du Plessis tracée entre des pavillons aux grands jardins arborés.

On laissait alors la rue du Docteur Filloux sur la droite dont les terrains étaient encore vierges des grands immeubles que construirait plus tard "Notre Cottage". L'autobus vrombissait dans la rue sinueuse à la circulation alors très peu dense !

Après avoir longé sur la gauche la boulangerie Charpentier et la boucherie Esposito, le Chausson s'immobilisait devant la coiffeuse, à l'arrêt Georges Demesy.

Il reprenait ensuite son trajet entre villas et pavillons tranquilles d'une petite commune encore bien provinciale.



Un feu tricolore l'obligeait souvent à marquer un arrêt avant de s'engager sous le pont sombre et étroit du chemin de fer de Paris à Mulhouse. Mais, il retrouvait vite la lumière et, après avoir salué le moderne salon de coiffure sur la droite, il virait à gauche dans le boulevard de Mulhouse, entre une boulangerie à gauche et le Monoprix à droite.

Puis, il arrivait sur la place de la Gare. Il ralentissait, passait devant la pharmacie, les deux cafés qui se faisaient face des deux côtés de la rue Louis Lenoir et s'arrêtait doucement devant le cinéma de Villiers.




Beaucoup de voyageurs descendaient à cet arrêt mais il en montait presque autant.

Le Chausson reprenait doucement sa route, se plaçant dans la file d'automobiles qui attendaient le passage au vert du feu tricolore. Souvent, cela me donnait l'occasion de contempler la merveilleuse vitrine du bazar de la gare. La plupart du temps, elle était remplie de modèles réduits Dinky toys qui reproduisaient fidèlement la plupart des véhicules de tourisme roulant à l'époque. Mais, pendant l'Avent, un circuit de trains de la marque Jouef avec bloc automatique lumineux, gare et quai constituait une sorte d'apothéose.

Si la file d'automobiles était moins longue, c'est devant le magasin d'instruments de musique que nous attendions. Je regardais avec admiration les belles guitares électriques que grattaient avec plus ou moins de talent tant de jeunes gens en cette décennie inaugurée par le twist, le madison, le locomotion et les joyeuses chansons des yé-yé.

Enfin, le feu passait au vert. Après avoir aperçu, non sans la plus vive appréhension, le cabinet du Docteur Ouyoun qui m’administrait régulièrement des vaccins, à mon plus grand effroi, je voyais notre Chausson s'engager dans la rue Gallieni qu'il semblait gravir avec peine.

On y contemplait encore de familiers pavillons de meulière parés d'arbres majestueux. L'autobus cédait le passage aux véhicules venant de la poste puis s’arrêtait à l'arrêt de la mairie, muni lui aussi d'un sombre abri de ciment.

Il fallait ensuite attendre à nouveau que le feu passe au vert. Sur la gauche, il y avait un marchand de vélosolex et de motocyclettes. L'autobus opérait ensuite un difficile virage à gauche puis poursuivait son chemin dans la route de Paris. A partir de la rue Briand, le paysage redevenait pavillonnaire. Nous marquions un bref arrêt à "Beausejour", puis nous repartions.

Cette fois, il n'y avait plus de construction mais de grands champs exploités par des maraîchers. Oui, il y avait alors des tracteurs agricoles à Villiers !

La route devenait une belle allée ornée de platanes. La chaussée pavée faisait vibrer les vitres de l'autobus. Sur la droite, s'étendait alors une grande scierie. Il était rare que l'autobus s'arrêtât à l'arrêt "les Clotais", alors au milieu de nulle part. Par contre, il y avait généralement un ou deux voyageurs qui montaient à "Marais". Après le pont au dessus de la grande ceinture extérieure, il n'y avait plus guère de pavillons mais de petits immeubles construits directement le long du trottoir.

Nous arrivions alors à la Fourchette de Bry, absolument méconnaissable aujourd'hui. L'attente au feu tricolore me paraissait bien longue. Puis l'autobus arrivait à son dernier arrêt, commun avec la ligne 106, avant de commencer son trajet direct jusqu'au terminus.




Le passage à niveau de la grande ceinture intérieure venait d'être remplacé par un passage inférieur qui donnait aux lieux un aspect moderne qui tranchait avec la grisaille des immeubles de Champigny. Malgré le trajet direct, un feu tricolore nous imposait souvent d'attendre au carrefour Général de Gaulle-Stalingrad.

Ensuite, nous repartions vers la fourchette de Champigny. Il nous arrivait alors de doubler un 106. Cette ligne était alors exploitée avec de vieux Somua du début des années 50. Comme ceux du 206, les bandeaux du 106 étaient jaunes sur fond rouge, montrant ainsi qu'il s'agissait d'une "ligne-soeur".

Après la fourchette de Champigny, le trajet devenait commun avec celui du 108 et du 208 qui, eux, avaient des bandeaux rouges sur fond blanc.

Une fois arrivés à la limite de Joinville-le-pont, la chaussée était à nouveau pavée et elle le restait jusqu'au terminus. J'aimais la belle place de Verdun et les verts ramages de ses nombreux arbres.

Le large pont de Joinville paraissait très moderne. Après l'avoir franchi, notre autobus tournait sur la droite. Il montait la petite rue en sens unique puis s'engageait sous le pont du chemin de fer de la Bastille.

Nous étions arrivés dans le joli bois de Vincennes. Comme le toit de notre Chausson était ajouré de sortes de hublots, on voyait bien les branches que les grands arbres tendaient comme un dais de verdure protecteur au-dessus de nous.





Les pavés du bois de Vincennes faisaient vibrer notre autobus bien plus que les chaussées empruntées précédemment. Cela devait bien incommoder maints passagers mais cela enjouait au contraire le petit garçon que j'étais alors et je n'étais guère impatient que nous arrivassions au terminus.

Mais il se profilait inéluctablement, je le savais bien.

Beaucoup d'automobilistes garaient leur voiture des deux côtés de l'avenue de Nogent. J'admirais les chauffeurs qui pilotaient un si large véhicule sans jamais heurter la moindre automobile, bien minuscule en comparaison.

L'autobus ralentissait, virait légèrement sur la droite et s'immobilisait parmi ses nombreux frères qui prenaient, comme lui, un peu de repos avant de reprendre leur route dans l'autre sens.

Un très grand nombre de lignes convergeaient alors au Château de Vincennes et le petit garçon s'émerveillait de la diversité des couleurs des bandeaux, qui aux lettres blanches sur fond noir, sur fond émeraude ou sur fond azur, qui aux lettres jaunes sur fond azur ou sur fond noir, qui aux lettres bleues sur fond blanc ou sur fond jaune. Il y en avait vraiment pour tous les goûts.

Nous descendions et nous hâtions de rejoindre l'entrée du chemin de fer métropolitain. La ligne de Vincennes au Pont de Neuilly était alors la plus moderne. Elle disposait d'un matériel sur pneus unique au monde.



Nous montions dans l'une des rames en attente et nous nous installions sur l'une des banquettes. Les rames avaient alors une première classe répartie entre deux voitures. Là se trouvait le petit compartiment qui avait notre préférence.

Puis les stations s'égrenaient de façon plutôt monotone, Bérault, Saint-Mandé Tourelle.

A la Porte de Vincennes, il y avait encore quatre voies remontant à l'époque où cette station était le terminus de la ligne. Puis Nation, Reuilly-Diderot.

La station de la gare de Lyon avait une apparence différente, vaste et comportant sur la gauche un raccordement vers la ligne qui se terminait alors à l'église de Pantin.

Ensuite, la rame s'engageait lentement dans une courbe serrée sur la droite. Après avoir pris ensuite un peu de vitesse, elle ralentissait à nouveau pour pénétrer lentement dans la station de la Bastille, le seul point de la ligne où l'on voyait la lumière du jour et, furtivement, le canal Saint Martin.

Encore quelques minutes et quelques stations et nous serions arrivés dans les grands magasins ...






samedi 5 janvier 2019

On est ravi ... du Monoprix

Une mémoire des années 60 à Villiers en est indissociable.

Entre le boulevard de Mulhouse et l'avenue Louis Lenoir a ouvert un supermarché qui fait entrer le commerce local dans une nouvelle ère: le Monoprix.

Du côté du boulevard de Mulhouse, un parking spacieux est à la disposition de la chalandise motorisée.

Munie d'un moderne portail à ouverture automatique, l'entrée donne accès sur la droite à un rayon de disques, le temple des jeunes twisters et autres danseurs de mashed potatoes ou de madison. Ce n'est pas de la nostalgie qui embellit un passé aux contours devenus imprécis. Non, il y avait dans l'air ces années-là une joie de vivre, des couleurs vives, un fond sonore enjoué qui irradiaient un optimisme diffus. Aujourd'hui valait la peine d'être vécu et demain serait mieux encore. Oui, que l'on imagine l'ambiance dans le magasin quand le disquaire faisait la promotion de son rayon en jouant Apache des Shadows, quand Sheila y entonnait énergiquement "vous les copains, je ne vous oublierai jamais ..." ou quand Johnny Halliday y proclamait de sa voix forte "si j'étais un charpentier, si tu t'appelais Marie ...".
 
Les bambins n'étaient pas en reste car l'entrée faisait face au rayon de jouets où trônaient des miniatures Norev de toutes les couleurs et dans différentes échelles.

Mais les parents préfèraient s'avancer plus loin dans le magasin, dans les rayons de prêt à porter. Les larges sorties vitrées côté rue Lenoir attiraient les élégantes de leurs rayons de maquillage et de parfumerie, tandis que les ménagères se hâtaient de rejoindre le côté ouest du magasin où l'on trouvait tous les produits d'alimentation.

Tous ceux qui l'ont connu se souviennent du Monoprix comme d'un magasin d'une qualité que n'ont atteinte aucune des enseignes qui lui ont succédé dans la commune, et de très loin.

La fermeture de ce magasin marqua donc une étape mélancolique de ce que les anciens Villiérains vécurent comme un déclassement progressif de leur commune ...




Des échoppes achalandées

Pour qui n'a pas connu Villiers du temps de la défunte Seine et Oise, l'ambiance provinciale dont elle était alors favorisée n'est guère imaginable.

Supposons un instant qu'elle existe, la fameuse machine à remonter le temps qui a tant inspiré la littérature et le cinéma.

Par un sombre soir d'hiver, vous descendez du 206 à la mairie pour faire quelques emplettes.

La circulation est assez importante et il vous faut attendre que les feux tricolores vous soient favorables pour traverser et prendre la direction de la rue de Paris. Sur sa gauche, il y a encore le magasin de Jean-Michel, le chausseur, tandis que lui fait face sur la droite une boulangerie.

Quelques pas plus loin, un café mais il n'y a guère de clients sur la terrasse de la place des Tilleuls en cette saison. Non, c'est la vitrine lumineuse du magasin au coin de la rue de l'Eglise qui retient votre attention car on y voit les plus chics vêtements en vente à Villiers.

Un peu plus loin, c'est l'odeur appétissante qui émane du traiteur qui vous retient. Comment résister à l'invitation de ces mets délicats ?

Voici maintenant le carrefour avec la rue Debaize. Sur la gauche un café fait face à une mercerie tandis que, sur la droite, un autre café voisine avec la luxueuse devanture de l'Epi d'or, la plus grande joaillerie de la commune.

Les clients venus en voiture guettent si des places se libèrent. Ils se hâtent alors de régler leur disque de stationnement qu'ils disposent de façon bien apparente derrière leur pare-brise et qui leur permet de stationner une heure et demi dans la zone bleue.

Il y a affluence, ce soir, dans la poissonnerie Boutelet mais on se presse aussi dans la petite épicerie Viniprix.

Un peu plus loin, le fumet des viandes de volaille qui rôtissent devant le traiteur Thauvin invite à penser au repas dominical. Mais on peut aussi déposer du linge à la blanchisserie qui s'interpose entre le traiteur et la pâtisserie tenue par la même famille, la plus réputée de Villiers à l'époque.

En face, après le marchand de quatre saisons, c'est la grande librairie-papeterie Pagès où la plupart des écoliers se munissent des protège-cahiers et des plumes indispensables à leurs études.

Au coin de la rue Louis Lenoir, une boulangerie peine à égaler son prestigieux vis-à-vis.

Vient ensuite l'agence d'auto-école. A l'époque, elle a en vitrine quelques maquettes de carrefours où figurent des automobiles Norev qui suscitent la plus grande attention des garçonnets. Mais ce n'est qu'une mise en bouche car, au bout de la rue, il y a sur la droite un grand bazar dont l'une des vitrines est remplie de modèles Dinky Toys.

Villiers, il est vrai, ne s'animait qu'après 4 heures de l'après-midi car, comme en province, les magasins y étaient fermés à partir de la pause de déjeuner. Mais le client y avait alors accès à tous les produits qui lui étaient nécessaires, avec une qualité dont on regrette de devoir dire qu'elle n'a plus été égalée depuis longtemps ...










Premier jour à la grande école

Il est bien difficile de se souvenir avec suffisamment de détails d'événements que le temps a rendus bien lointains. Mais s'il en subsiste assez de bribes, c'
est un peu comme dérouler une pelote de laine dont on a en main le bout du fil.

Après deux ans avec mes parents à Maison-Carrée, ma grand-mère, venue en vacances, m'avait ramené avec elle à Villiers sur Marne, dans la maison où j'avais ouvert les yeux.

Je suppose que nous avions atterri un week-end. C'est mon oncle Jean-Claude et sa jeune fiancée Jocelyne qui étaient venus nous chercher avec leur DS 19 noire à l'aéroport d'Orly. Le ciel était gris. J'étais content de retrouver l'intimité des cieux de pluie après deux années de lumineux azur presque ininterrompu. Sur le trajet, je vis pour la première fois de ma vie les nouvelles DS munies de quatre phares à l'avant et dont les deux petits se déplaçaient dans la direction des roues. Ces voitures étaient une sorte de summum.

J'avais 6 ans et demi, l'âge du cours préparatoire et de la grande école.


Selon les indications trouvées sur internet, la rentrée des classes avait eu lieu le vendredi 15 septembre cette année-là. Mais peut-être ne suis-je allé à l'école que le lundi suivant. Je n'avais pas du tout la notion du calendrier, évidemment.

Pourtant, je m'en souviens très bien de ce premier jour. Mon grand-père m'avait d'abord conduit, à pied, à l'école Jean Jaurès. Lumineuse, colorée, elle m'avait fait la meilleure impression. Mais, malheureusement, pour quelque obscure raison qui m'échappait complètement, nous dûmes reprendre la route après que mon grand-père s'y était entretenu avec une dame.

Je tenais d'une main mon petit cartable, tandis que mon grand-père me tenait de l'autre. Comme il pleuvait! Nous étions dans un quartier où je ne reconnaissais rien. Arrivés à un carrefour, nous tournâmes sur la droite pour monter une côte. Sur la gauche, il y avait une grande construction circulaire noire qui m'intriguait fort. "C'est un gazomètre" tenta de m'expliquer mon grand-père mais je n'eus évidemment pas la moindre idée de ce dont il s'agissait.

Nous longeâmes ensuite un bâtiment de meulières. Nous entrâmes dans une cour. C'était donc ma nouvelle école. Je me vois encore au côté de mon grand-père, lequel parlait à ma nouvelle institutrice, puis me laissa seul dans la classe silencieuse.

Madame Maïstrassi, c'était le nom de l'institutrice, m'assigna une place. Il n'y avait que des garçons dans cette classe. Je ne sais plus du tout comment se déroula le reste de cette première journée. Mais je me souviens de cette classe d'apparence ancienne qui me paraissait d'autant plus grande que j'étais encore si petit. Nous étions dans le bâtiment qui longeait la route de Combault. Les pupitres me paraissaient très hauts. Chaque écolier disposait d'un encrier de faïence blanc logé sur sa droite  dans une cavité creusée à cet effet dans le pupitre car nous allions apprendre à écrire au porte-plume. L'institutrice était assise à un bureau qui nous dominait depuis un petit estrade. Derrière elle, il y avait un tableau noir.

Je me souviens qu'il y avait dans cette classe une odeur très particulière et familière que j'aimais. Elle était mêlée de la suave odeur de nos petits pots de colle blanche, peut-être aussi de celle de cette encre bleu marine qui s'aheurtait à former des taches presque indélébiles sur mes petits doigts. Il y avait aussi de grands taille-crayons noirs dont le haut avait la forme arrondie caractéristique de certaines horloges.

J'avais appris les lettres et les chiffres à l'école maternelle, ce qui me donnait un petit avantage. L'institutrice nous montrait des mots écrits à la main sous la représentation dessinée de l'objet qu'ils désignaient. "Lunettes" et "pêche" furent parmi les premiers mots qu'elle nous enseigna. Elle nous apprenait aussi à compter avec des jetons et des réglettes.

Nous avions une récréation le matin et une autre l'après-midi. Ce sont elles qui me donnèrent l'occasion de faire connaissance de mes nouveaux camarades dont j'entendais les noms à l'appel des présences qui accompagnait chaque reprise: Jérôme Aftalion de la rue Quirin, Gérard Anderche de la rue de l'Union, Marc Anscieau de l'avenue Pierre Dupont, Franck Berton, Franck Bourgoz de la rue de la Mission-Marchand, Jean-François Campario de l'avenue des Elzevirs, Didier Caroff de la rue du Lac, Tristan Dumontier, Eric Jaquet de la rue Fortier, Manuel Monteiro, Mateo de la rue de l'Union, Le Mauf, Parisot, Joël Saint-Viteux, Daniel Tardiveau du chemin des Nangues, Christophe Verpilier ... parmi ceux que je n'ai pas oubliés.

Le soir, je restais à l'étude jusqu'à 18 heures. Elle était tenue alors par Monsieur Duparc, le Directeur qui habitait un pavillon faisant face à l'école, de l'autre côté du chemin qui la bordait sur le côté est. Cet homme était d'une sévérité dont les écoliers d'aujourd'hui ne sauraient avoir idée. Pour mon malheur, je confondais le chiffre 3 et la lettre E ainsi que leur orientation respective. Quand l'implacable instituteur constatait mes fautes à cet égard, il m'administrait un coup vif de sa règle de métal sur le bout de mes doigts. Je doute encore de la vertu pédagogique de la méthode qui me plongeait dans la plus extrême angoisse.

A la fin de la journée, je rentrai à la maison avec des "grands" voisins, notamment les enfants du tapissier Vetu et de la famille Duval. Mais nous faisions aussi un bout de chemin avec Daniel Tardiveau qui habitait le chemin des Nangues.

Nous avions d'ailleurs deux trajets. La plupart du temps, nous empruntions la route de Combault dont l'étroit trottoir était longé d'une sorte d'irrégulier talus de terre que les garçonnets prenaient évidemment le plus grand plaisir à gravir, s'imaginant parcourir la crête d'une montagne. Puis, nous tournions par l'avenue du Val Roger, parée de beaux pavillons cossus enchâssés dans de grands jardins arborés. Arrivés au parc que nous appelions des trois marronniers, encore qu'il y en eût encore quatre alors, nous descendions ensuite l'avenue des Mousquetaires. Sur la droite, il y avait des boxes que pouvaient louer les automobilistes du quartier démunis de garage. Un peu plus bas, sur la gauche, il y avait un terrain non bâti où croissaient de grands arbres, puis une papeterie-mercerie dont je vois toujours la vitrine exposant fièrement ses boites de crayons Carandache aux couleurs vives. Ensuite, on trouvait alors une petite épicerie de quartier qui vendait notamment du chocolat Poulain et des pochettes-surprises.

Là se trouvait le seul axe de circulation qui pouvait présenter un risque pour des petits enfants, la route du Plessis que parcourait l'autobus 206, la seule ligne qui desservait Villiers à l'époque. Une fois cette artère traversée, il ne me restait plus qu'à remonter la calme rue où se trouvait le pavillon de mes grands-parents.

C'est sans doute le soir de ma première journée que mes grands-parents ou mes oncles m'apprirent que j'allais à l'école dite du Bois de Gaumont, décidément un bien joli nom. Outre mon grand-père, ma mère et ses deux frères y avaient été écoliers avant moi.

Bien que je n'y prisse jamais le moindre repas, ce qui était un grand soulagement car j'étais sans doute le plus difficile des enfants de ma classe pour ce qui était de l'alimentation, j'avais pris en affection l'employée âgée qui s'occupait de la cantine, Madame Durier et son inséparable bicyclette, aidée de Madame Moireau, originaire de l'Alsace et que je vis ensuite longtemps aux messes de la chapelle du Bois de Gaumont, toujours accompagnée de sa soeur Madame Dumas.

L'école disposait alors d'un préau où nous nous abritions par temps pluvieux, ce qui était fréquent. Certains écoliers y laissaient les bicyclettes avec lesquels ils venaient à l'école. La cour principale comportait quatre grands arbres. Je crois que c'étaient des tilleuls. Sur la gauche, il y avait un bâtiment de bois peint en blanc que nous appelions "le chalet". C'est là que nous suivîmes les premiers rudiments de cours de gymnastique jusqu'à ce que, l'année suivante, ouvrit un nouveau gymnase avenue de l'Europe où nous conduisait Madame Becker, le professeur d'éducation physique. Le chalet ne servit plus ensuite qu'aux leçons de musique à laquelle nous nous exercions avec des flûtes de bois, encore qu'il y eût différents autres instruments auxquels le professeur de musique recourait à l'occasion, notamment un xylophone et un métallophone qui me fascinaient.

Le chalet délimitait aussi, à l'ouest, la cour des grands, les écoliers des deux cours moyens, qui avaient leurs récréations à un autre moment que nous.

Je devais rester cinq ans dans cette petite école alors si provinciale, protectrice comme un douillet cocon. J'y suivis le premier cour élémentaire avec Madame Tacheau, la première année de mixité qui s'était accompagnée d'une refonte des secteurs scolaires de la commune, de sorte que tous les camarades de la rue de l'Union allèrent dorénavant dans l'école Jean Jaurès. Il n'y eut plus qu'Eric Jaquet et moi à rester à l'école du Bois de Gaumont des écoliers habitant en deçà de la route du Plessis.

La deuxième année de cour élémentaire fut suivie avec Madame Renon. C'était une classe très particulière car la moitié des camarades y suivaient un cours moyen de premier niveau.

J'eus mon propre cours moyen de premier niveau avec Mademoiselle Castelloti et ma dernière année avec Monsieur Renon. Avec lui, ce fut presque un bond de quatre ans en arrière car il avait une si vive passion du foot ball qu'il s’efforçait de n'avoir que des garçons dans sa classe. Le critère n'était d'ailleurs pas très judicieux car j'avais pour ma part la plus vive aversion pour le sport sous toute ses formes, dégoût que je partageais avec mon camarade Jean-François. Malgré cela, je garde un excellent souvenir de cette année-là car, abandonné aveuglément à sa passion, Monsieur Renon ne s'occupait pas de nous deux pendant les cours de gymnastique, ce qui nous permettait de les passer à jouer avec les cinq ou six filles en déshérence dans notre classe.

Ces nouvelles camarades qui nous avaient rejoints à partir du premier cours élémentaire s'appelaient notamment Nathalie Babou, Isabelle Dupeira, Françoise Genin, Christine Guillot, Brigitte Lenoir, Nathalie Lormier, Catherine Martineau, Sylvie Moreau, Hélène Pautet, Agnès Pereira, Murielle Rotstein, Nathalie Semaille, Claudine Tissier, Florence Treffaut ...

Et bien sûr, les petits garçons sont volontiers attentifs aux voitures. Nos instituteurs garaient les leurs dans le chemin des Nangues. C'était toujours une Coccinelle Volkswagen crème qui venait amener et chercher Mademoiselle Castelotti. Monsieur Renon avait encore une Peugeot 404 vert Prusse. Il eut plus tard une 504. Madame Saunière avait un break Simca 1500, tandis que Madame Assena se déplaçait avec une élégante Caravelle Renault décapotable blanche.