En ce temps-là, le petit commerce de détail était florissant, dynamique. Il y en avait dans chaque quartier.
Mais le commerce prenait alors aussi une forme typiquement rustique qui a depuis lors complètement disparu.
Il y avait dans le haut de Villiers une épicerie d'une des nombreuses chaînes à succursales multiples de l'époque, le Familistère. Le gérant disposait aussi d'une camionnette de type Citroën H avec laquelle il proposait ses marchandises dans tous les quartiers de la commune. Je me souviens de cette camionnette garée devant la maison familiale pendant que mon grand-père attendait son tour dans la file qu'il formait avec les voisins.
Une autre échoppe sur roues dura bien plus longtemps. C'était celle de la Ferme du parc, à Coeuilly, de M. van den Naweele. Mais tout le monde l'appelait le laitier. Depuis son grand Citroën H peint en bleu et blanc, après avoir soufflé dans une sorte de petit cor pour appeler les chalands, le laitier venait prodiguer, chaque jour en fin d'après-midi, non seulement du lait, toutes sortes de yaourts et de fromage, du beurre et des oeufs, mais aussi des produits d'alimentation courante dont des rouleaux de réglisse comportant un bonbon de couleur en leur centre dont j'ai gardé une sorte d'addiction à vie. Beaucoup de Villiéraines avaient commencé à travailler, de sorte que certains foyers étaient inoccupés dans la journée. Qu'à cela ne tienne! Les gens accrochaient leur commande à leur porte et laissaient l'argent sur leur seuil, voire sous leur paillasson. Vous avez bien lu! C'est ainsi que l'on vivait à Villiers alors, avec des standards de morale collective tels qu'il n'y avait pas de risque à laisser l'argent pour un litre de lait sur le seuil de sa maison, à côté de la bouteille vide de la veille.
Le commerce sur roues se sédentarisait en tout cas les jeudis et les dimanches avec des marchés d'une affluence dont on ne peut guère avoir idée. Les étals succédaient aux éventaires de manière ininterrompue depuis la poste jusqu'à l'église, y compris sur la place Remoiville et tout au long de la rue du Belvédère qui longeait alors le marché couvert, en contrebas. Le marché couvert, qui semblait fort moderne à l'époque, proposait tous les produits alimentaires nécessaires aux ménagères. Boucherie et charcuterie côtoyaient crèmerie et fromagerie, en passant par les fruits et légumes, les épices et les pâtisseries.
Le plus jeune frère de ma mère, mon oncle Alain, était une sorte de grand-frère et je le suivais partout comme la chaloupe suit le navire. Mais j'étais toujours angoissé quand nous traversions le marché. J'étais à peine haut comme trois pommes. Je ne voyais que des jambes autour de moi tant la foule était dense et je me cramponnais à la main de mon oncle comme la moule s'amarre au rocher.
Mais l'épreuve était souvent récompensée car, en plusieurs points, des marchands vendaient des automobiles miniatures. C'était la grande époque des voitures NOREV aux couleurs vives. Mais il y avait beaucoup d'autres productions en plastique dans les échelles les plus diverses. Je m'attardais toujours devant l'étal d'un vendeur qui proposait des piles de voitures de La Clé, une marque disparue, mais omniprésente alors puisqu'elle était l'un des principaux avantages compétitifs de la poudre à laver Bonux dont tous les garçonnets de France et de Navarre étaient les meilleurs agents commerciaux auprès de leur maman.
Il y avait aussi un marché les samedis, au Bois de Gaumont. Il était bien plus étendu alors qu'il ne l'a été ensuite. Mais il ne me paraissait guère attrayant ... l'offre de petites voitures y était vraiment indigente ...
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